jeudi 1 décembre 2011

Mouloud Mammeri : le berbérisant


MAMMERI Mouloud
(1917-1989) : le berbérisant

Homme d'une œuvre et d'une action aux nombreuses facettes, Mammeri a été d'abord l'un des « grands », l'un des fondateurs de la littérature maghrébine d'expression française. Ses œuvres sont depuis bien longtemps des « classiques » en Algérie et au Maghreb. Dans le champ de la culture internationale aussi.


Son œuvre littéraire, et pas seulement dans les pays de langue française, est un des sujets privilégiés de la recherche universitaire sur la littérature francophone non française. Elle a donc fait l'objet de publications et études nombreuses auxquelles on pourra aisément se reporter (Cf. Bibl.).


On évoquera donc ici le berbérisant, Mammeri le porte-drapeau d'une culture qu'il a, plus qu'aucun autre, contribué à faire reconnaître sur la scène internationale. Non pas que l'on puisse opposer son œuvre littéraire à son œuvre berbérisante ; bien au contraire, elles sont reliées par une infinité de fils et de chemins. Mais cet aspect de son travail de création, son importance, son impact, son caractère unique et essentiel peuvent échapper à l'observateur étranger.


Mammeri s'inscrit d'abord parfaitement dans ce qu'on a appelé ailleurs « la veine culturaliste » (Chaker 1987) des défenseurs du patrimoine berbère. Incarné depuis le tournant du siècle par une chaîne ininterrompue d'instituteurs et d'hommes de lettres, ce courant commence par des enseignants comme Boulifa pour atteindre son apogée avec des noms illustres comme Jean et Taos Amrouche, Mouloud Feraoun et enfin Mammeri. Cette tradition est constituée d'hommes et de femmes qui ont su maintenir intacts leurs racines et l'attachement à leur culture alors qu'ils avaient subi - souvent de manière brutale, voire autoritaire - à travers la scolarisation française, l'immersion dans un monde, dans une langue qui n'étaient pas les leurs. Et le miracle aura été que cet accident historique, au lieu d'engendrer la classique « honte de soi » des situations de domination, le reniement de ses origines, a au contraire provoqué une brutale prise de conscience de la valeur universelle de la culture dont on était issu. Chez tous, immédiatement, l'ensemble des instruments intellectuels et des références culturelles acquis à travers l'Ecole française sont devenus de formidables moyens de valorisation, de « défense et illustration de la langue et de la culture berbères ».


Mouloud Feraoun a précisément témoigné de ce qu'était le Recueil de poésies kabyles de Boulifa (1904) pour les générations précédentes, celles de la première moitié de ce siècle : « ... on le conserve comme double d'une mémoire sujette à l'oubli. Il est le "livre" des jeunes Kabyles » (Les poèmes de Si Mohand, I960 : 11). Pareillement, on pourra dire que les Isefra (1969) et les Poèmes kabyles anciens (1980) de Mammeri sont les « livres » des jeunes Kabyles d'aujourd'hui.
Et quels livres ! La quintessence de taqbaylit, la kabylité. Deux livres qui à eux seuls résument toute une société, son histoire, ses valeurs, ses aspirations et son quotidien.


Mammeri a eu des précurseurs sur cette voie, dont certains prestigieux et poètes inspirés, comme Jean Amrouche. Mais Mammeri aura été le plus grand et son impact aura dépassé celui des autres artisans de cette renaissance berbère. Car Mammeri, en s'attachant à retrouver et à restituer le texte berbère, s'adressait en premier lieu aux siens. Il s'appuyait pour cela d'abord sur une solide tradition familiale, il en a souvent témoigné. Mais il connaissait aussi - et cela est parfois ignoré -, à travers la Kabylie, les meilleurs informateurs, les dépositaires les plus sûrs du patrimoine littéraire kabyle. Ils ont été sa source permanente. Et puis, le magnifique corpus de poèmes rassemblés est également servi par une belle traduction, œuvre elle-même d'un vrai poète, dans les deux langues qu'il mettait côte à côte. De là vient la puissance de ces livres à deux publics simultanés, le kabyle et l'universel. A la fois, ils réactualisent et fixent pour les Kabyles un patrimoine d'une densité exceptionnelle, le message profond et permanent des aïeux, et ils portent en même temps à la connaissance universelle le témoignage et le chant d'un peuple.


Féru de culture kabyle d'abord et surtout, mais aussi spécialiste des autres groupes berbérophones : du Maroc central qu'il avait connu de l'intérieur, des Touaregs de l'Ahaggar, du Gourara... rien de ce qui était berbère ne lui était étranger ; Mammeri connaissait, appréciait et savait faire partager les finesses des diverses traditions de la berbéritude. Mammeri était aussi un anthropologue, fin connaisseur et observateur de sa société ; tous ses ouvrages de poésie berbère sont accompagnés d'une présentation conséquente du contexte social et culturel qui a produit ces œuvres. Ses synthèses introductives, aux poèmes de Si Mohand, à la poésie kabyle ancienne, à l'Ahellil du Gourara ont fait date parmi la jeunesse à laquelle elles apportaient un guide condensé et accessible, dans un univers où la source écrite est rare et souvent d'accès difficile.


Mammeri herborisant, c'est aussi l'artisan de la langue. Artisan de la langue qui nous aura laissé la première grammaire berbère écrite en berbère (Tajerrumt, 1976) et qui aura initié, encouragé et dirigé une bonne partie du travail de modernisation linguistique (notamment lexicale) mené à bien à partir du début des années 70, notamment l'Amawal, glossaire anonyme (Paris, Imedyazen, 1980) de termes néologiques modernes et techniques qui est, pour l'essentiel, son œuvre : il l'a élaboré avec un petit groupe d'étudiants kabyles qui constituaient son entourage au CRAPE, entre 1970 et 1975. On y reconnaît d'ailleurs immédiatement sa patte, dans certains de ses choix, dans le recours prioritaire aux dialectes berbères du Maroc (tacelhit) et surtout au touareg Ahaggar qu'il connaissait bien puisqu'il avait collaboré avec Jean-Marie Cortade à l'élaboration de l'index inverse (français/touareg) du Dictionnaire touareg de Charles de Foucauld.


Mammeri berbérisant, c'était enfin le pédagogue de la langue et de la culture berbères, surtout pendant la période héroïque de son cours à l'Université d'Alger, de 1965 à 1972. Le souci d'exactitude historique nous amène à préciser que M. Mammeri n'a jamais occupé « la chaire de berbère » de l'Université d'Alger, celle-ci ayant définitivement disparu en 1962. En fait, et selon le témoignage direct de Mammeri, il s'est agi d'une initiative personnelle et verbale de Ahmed Taleb, ministre de l'Education du nouveau gouvernement de H. Boumediene, qui, à la rentrée d'octobre 1965, lui a demandé d'assurer un cours de berbère à la Faculté des Lettres. Cet enseignement, assuré dans le cadre de la Section d'ethnologie, est toujours resté, jusqu'à la fin, « hors statut » et facultatif. Il ne donnait lieu à aucune sanction universitaire indépendante. Vers la fin, sans doute à partir de 1969-70, il a pu être intégré en tant qu'option facultative au sein du Certificat d'ethnologie et de l'examen de Propédeutique littéraire(1). Cours discret à ses débuts - les premières années, nous n'étions jamais plus de cinq auditeurs. Puis ce fut l'affluence, les dizaines, la centaine. Son cours hebdomadaire était devenu pour les jeunes Kabyles un pèlerinage, au sens de la tradition maghrébine, un lieu où l'on vient apprendre un peu de la sagesse du maître, mais aussi un lieu de communion, un lieu où se tissent des réseaux, des projets, où se construit l'avenir. Soyons clair : Mammeri n était pas un chef, ni un organisateur ; il ne tirait aucune ficelle, ni ne distribuait des tâches à des adeptes. Il détestait même que l'on tentât de lui faire jouer un tel rôle(2). Son impact social, son intervention dans la cristallisation de la mouvance berbère, il les devait avant tout à son rayonnement, à sa présence constante, sur la longue durée ; à sa position de détenteur et de témoin d'un savoir, toujours prêt à recevoir, à écouter, à répéter le message de la berbérité à une jeunesse avide de l'entendre. D'autant que Mammeri était un homme d'un abord facile, toujours affable.


Toute l'œuvre et l'action berbérisantes de Mammeri furent celles d'un grand poète de résistance : la parole ciselée qui rappelle les vraies valeurs. Mais une résistance renouvelée, adoptant les voies et les formes d'un monde ouvert et transformé. Surtout, une résistance tranquille, toute faite de présence, d'être et de dire, de sagesse. Jamais d'agression, de violence ou de haine.


Pour les berbérophones, Mammeri restera l'homme d'une fidélité, le maillon essentiel dans une chaîne de transmission, le témoin d'élite de la culture et de la langue, au milieu de la marée montante d'un arabo-islamisme exclusif, violemment hostile à la berbérité dont la mise à mort était ouvertement programmée. Homme d'idées, chantre d'une culture, il aura eu, avant de mourir, ce rare bonheur de constater que les jeunes générations ont, massivement, repris le flambeau.


L'ŒUVRE DE MAMMERI


L'œuvre littéraire de langue française


1. La colline oubliée, Paris, Pion, 1952, 255 p. (roman)
2. Le sommeil du juste, Paris, Pion, 1955, 254 p. (roman)
3. L'opium et le bâton, Paris, Pion, 1965, 290 p. (roman)
4. Le banquet, suivi de La mort absurde des Aztèques, Paris, Librairie académique Perrin, 1973, 312p. (essai et pièce de théâtre)
5. La traversée, Paris, Pion, 1982, 197 p. (roman)
6. Le Foehn, Paris, Publisud, 1982, 94 p. (théâtre)
7. Machaho ! et Tellem Chaho ! (contes berbères de kabylie), Paris, Bordas (« Aux quatre coins du temps »). 1980, 125 et 123 p.
8. Mouloud Mammeri, Entretien avec Tahar Djaout, suivi de La cité du soleil (inédit), Alger, Laphomic (« Itinéraires »), 1987, 94 p.


Nouvelles, récits et autres

9. Ameur des arcades, La Table ronde (1954, selon Déjeux 1981).
10. Le zèbre, Preuves, 76, juin 1957, 33-37
11. La meute, Europe, 567-568, 1976, 68-76.
12. Le désert atavique, Le Monde, 16-17, août 1981 (brève nouvelle, préfigurant La Traversée)
13. Hoggar- Tassili. Passion des sables, Alger/Paris, Bouchène/Messidor/ENAP, 1991 [en collaboration avec Khattab Hadjeba, photographe].


L'œuvre berbérisante


Ouvrages
1. Lexique français-touareg, dialecte de l'Ahaggar, 1967, Alger, IRS-CRAPE, 511 p. (en collaboration avec J.-M. Cortade)
2. Les Isefra, Poèmes de Si Mohand ou Mhand, Paris, Maspero, 1969 (réédit. 1982), 480 p.
3. Tajerrumt n tmaziàt (tantala taqbaylit), Paris, Maspero, 1976, 118p.
4. Poèmes kabyles anciens, Paris, Maspero, 1980 (réédit. 1987), 470 p.
5. L'ahellil du Gourara, Paris, MSH, 1985, 446 p.
6. Précis de grammaire berbère (kabyle), Paris, MSH (Awai), 1986, 136 p. (première édition ronéotypée : Université d'Alger, 1967, 164 p.)
7. Cheikh Mohand a dit. Yenna-yas Ccix Muhend, Alger, CERAM, 1989, 208 p.

Articles : [ne sont recensés que les articles et entretiens de fond ou à vocation scientifique.
Les nombreuses interviews à caractère journalistique ne figurent pas ici. On en trouvera un inventaire (à sa date) dans Déjeux 1973].

1. La société berbère, I, II, III, Aguedal (Rabat). 1938/5 : 399-412 ; 1938/6 : 504-512 ; 1939/1 : 43-52. Repris in extenso dans Jean Amroucbe, L'éternel Jugurtha, Archives de la ville de Marseille, 1985 : 163-175.
2. L'évolution de la poésie kabyle, Revue africaine, 94,1950 : 125-148.
3. Si Ibn Khaldoun revenait parmi nous, Révolution africaine, 14 (mai 1963) : 22-23.
4. Un poète algérien : Si Mohand-ou-Mhand, Reflets, 1 (janv. 1968) : 36-40.
5. La littérature africaine francophone, Œuvres afroasiatiques, vol. 1 (mars 1968) : 73-80. 6. Eléments originels et éléments acquis dans la littérature orale berbère, Littérature orale arabo-berbère, 5, 1971-72 : 56.
7. [Mammeri et al] Le Gourara - éléments d'étude anthropologique, Libyca, 21, 1973 : 239-292 (littérature orale : l'ahellil : 259-263)
8. Culture savante et culture vécue en Algérie, Libyca, 23, 1975 (1977) : 211-220.
9. Gelebte Kultur und légitime Kultur im Maghreb, ‚Zeitschrift fur Kulturaustauscb, 4, 1975 : 29-33.
10. La littérature berbère orale, Les Temps modernes, 375bis, 1977 : 407-418.
11. Problèmes de prosodie berbère, Actes du deuxième Congrès international d'études des cultures méditerranéennes (Malte 1973), Alger, SNED, 1978:385-392.
12. Dialogue sur la poésie orale en kabyle. Entretien avec Pierre Bourdieu, Actes de la recherche en sciences sociales, 23, 1978 : 51-66.
13. L'ahellil du Gourara, Actes de la table ronde Littérature orale, juin 1979, Alger, OPU/CRAPE, 1982:107-113.
14. Après trois ans, Tafsut Etudes et débats [Tizi-Ouzou/Aix], 1. 1983 : 5-7.
15. Un exemple typique de littérature orale saharienne : l'ahellil du Gourara, L'Universo, 64 (5), 1984 : 123-131.
16. Du bon usage de l'ethnologie. Entretien avec Pierre Bourdieu, Awal - Cahiers d'études berbères, 1, 1985 : 7-29.
17. Culture du peuple ou culture pour le peuple, Awal - Cahiers d'études berbères, 1, 1985 : 30-57.
18. Constances maghrébines, Gli Interscambi culturali e socio-economici fra l'Africa settentrionale e l'Europa mediterranea, vol 1, Naples, Istituto Universitario Orientale, 1986 : 65-81 (= Atti del congresso internazionale, Amalfi : 1983).
19. Les mots, les sens et les rêves ou les avatars de tamurt, Awal - Cahiers d'études berbères, 2, 1986 : 7-20.
20. L'imaginaire éclaté de Jean Amrouche, Jean Amrouche, l'éternel Jughurtha, Marseille Jeanne Laffitte, 1987 : 155-162.
21. Une expérience de recherche anthropologique en Algérie, Awal, 5, 1989, p. 15-23.
22. Y a-t-il des caractères spécifiques de l'oralité ? Actes du colloque international sur l'oralité africaine, Alger, CNEH, 1992 : 399-403.


La plupart de ces études ont été réunies et rééditées dans :


Mouloud Mammeri : Culture savante, culture vécue (études 1936-1989), Alger, Tala. 1991,235p.

Divers :


21. [en collaboration] rubrique « Les activités du CRAPE durant l'année » : Libyca :


18,1970 : 289-295. (avec Cl. Brahimi)

20,1972 : 331-334. (avec G. Aumassip)

21, 1973 : 347-351. (avec G. Aumassip)

22, 1974 : 235-241 . (avec G. Aumassip)

23, 1975 : 307-312. (avec G. Aumassip)

24, 1976 : 281-295. (avec G. Aumassip)

25, 1977 : 361-365. (avec G. Aumassip)

26-27, 1978-79 : 341-349. (avec G. Aumassip)

22. Préface à : R. BASAGANA et A. SAYAD, Habitat traditionnel et structure familiale en Kabylie, Alger, CRAPE, 1974.
23. Préface à : Rachid ALICHE, Asfel (roman), Lyon, Fédérop, 1981.
24. Préface à : Saïd SADI, Askuti (roman), Paris, Imedyazen, 1983.
25. Compte rendu de : Abdelwahab Hamou FEKKAR, Imettawen n Iferh, Awal - Cahiers d'études berbères, 1, 1985 - 194-196.
26. Compte rendu de : RAVÉREAU, A. : Le Mzab, une leçon d'architecture, 1981, Awal - Cahiers d'études berbères, 3 : 218-219.
27. Compte rendu de : DONNADIEU C. et P., DIDILLON H. et J.-X. : Habiter le désert, 1984, Awal - Cahiers d'études berbères, 3, 1987 : 219-220.
28. Compte rendu de : RYBINSKI A., La culture traditionnelle des Touaregs Kel Ahaggar entre le Xlle et le XXe, Thèse de doctorat, 1986 'Awal - Cahiers d'études berbères, 4, 1988 : 186-188.


Mouloud Mammeri a également dirigé deux périodiques scientifiques :


Libyca : revue annuelle du Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques (Alger), institution dont il a été directeur de 1969 à 1978 [ Cf. n° 21].

Awal - Cahiers d'études berbères : revue annuelle publiée par la Maison des sciences de l'homme (MSH) et le Centre d'études et de recherches amazigh (CERAM), association fondée à Paris en 1984 par Mouloud Mammeri et hébergée par la MSH.

Sur Mouloud Mammeri


ARNAUD (Jacqueline) : La littérature maghrébine d'expression française, I. Origines et perspectives, Paris, Publisud, 1986.

Awal : Cahiers d'études berbères, 1990 (spécial « Hommage à Mouloud Mammeri » : 1-146. Nombreux témoignages et documents sur M. M.).

CHAKER (Salem) : L'affirmation identitaire à partir de 1900 : constantes et mutations, ROMM, 44, 1987 : 13-34.

CHAKER (Salem) : Mouloud Mammeri, 1917-1989, ROMM, 51, 1987 : 151-156.

CHAKER (Salem) : Mouloud Mammeri (1917-1989), passeur de la culture berbère, Impressions du Sud (Le livre dans le Midi), 22, 1989:40-41.

DÉJEUX (Jean) : La littérature maghrébine de langue française, Introduction générale et auteurs, Sherbrooke, Naaman, 1973 (1980, 3e édit.). 495 p. [Mammeri : chap. VI : 180-208].

DÉJEUX (Jean) : Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Karthala, 1984 [Mammeri : 157-159].

DÉJEUX (Jean) : Mouloud Mammeri, Encyclopédie berbère [édit. prov.], 1, 35, 1984, 5 p.

DÉJEUX (Jean) : Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, Alger. SNED, 1981, 307 p.

DÉJEUX (Jean) : Situation de la littérature maghrébine de langue française... 1920-1978, Alger, OPU, 1982, 272 p.

DEMBRI (Mohammed Salah) : L'itinéraire du héros dans l'œuvre romanesque de Mouloud Mammeri, Cahiers algériens de littérature comparée, 3, 1968, 79 : 99.

Dérives [Montréal], 49, 1985, n° spécial « Mouloud Mammeri : Langues et langage d'Algérie », 132 p.

Il Banchetta magrebino. Saggi critici. A cura di Giuliano Toso-Rodinis, Padoue, Francisci, 1981. 287 [Mouloud Mammeri. Par L. ZILLI : 82-105].

KHATIBI (Abdelkébir) : Le roman maghrébin, Paris, Maspero, 1968 [Mammeri : 52-561].

LOUANCHI (Denise), EL HASSAR-ZGHARI (Louisa) - Mouloud Mammeri, Paris, Nathan (Classiques du Monde)/Alger, SNED, 1982, 80 p.

MORTIMER (Mildred) : Mouloud Mammeri, écrivain algérien, Sherbrooke, Naaman (Alf), 1982. 120p.

PANTUCEK (S.) ; La littérature algérienne moderne, Prague, Institut oriental, 1969 [Mammeri : 124-128].

YETIV (Isaac) : Le thème de l'aliénation dans le roman maghrébin d'expression française, 1952-1956, Sherbrooke, Université/CELEF, Québec, 1-972 [Mammeri : 114-133].

En kabyle :


Awal àef dda Lmulud, Alger, Asalu, 1981, 158 p. + XXXX p. - Série de témoignages et de textes en hommage à M.M., suivie d'une traduction kabyle de La cité du soleil (par I. Ahmed-Zaïd).

La dernière interview de Mouloud Mammeri


Par dans un journal marocain...
Très connu par le public maghrébin et étranger grâce à son troisième roman L'Opium et le bâton, mais aussi célèbre pour la pertinence de ses interventions dans les différents colloques organisés dans les quatre coins du monde, Mouloud Mammeri vient de nous quitter après 72 ans au service de la cause de la nation et de la culture maghrébine.
Mouloud nous a quittés en tant qu'être vivant mais son œuvre et la chaleur de ses sentiments envers ses lecteurs resteront pour toujours des phares scintillants qui nous rappelleront la candeur et la spécificité de cet homme original qui a su réussir un mélange subtile entre sa culture maghrébine et son savoir occidental.


Il est difficile d'évoquer dans un entretien des problèmes aussi compliqués que ceux du spécifique et de l'universel dans la littérature maghrébine d'expression française.
Mais l'utilité d'une telle tentative réside dans la rencontre de l'un des premiers romanciers maghrébins d'expression française, dont l'expérience personnelle est étroitement liée à ce problème. Car quand on l'a vécu soi-même, qu'on l'a palpé existentiellement comme l'a fait le défunt Mouloud Mammeri, cette expérience ne peut que subir le feu des polémistes.
Pou avoir une idée succincte sur cette expérience, nous avons réalisé le présent entretien deux jours avant la mort accidentelle de Mouloud Mammeri.


Le Matin du Sahara Magazine : Quels sont les rapports que peut prendre le problème de la spécificité et de l'universalité pour la littérature maghrébine d'expression française ?

Mouloud MAMMERI : J'avoue que je suis très satisfait d'évoquer ce problème car j'avais l'habitude, quand j'étais jeune, de ne vivre ce problème qu'à partir du jugement des autres. C'était les autres qui nous jugeaient alors qu'on était le sujet et la matière. Pour les autres notre présence était transitoire, ludique, secondaire et exotique. On n'a jamais été les véritables sujets des problèmes posés.
Mon expérience personnelle avec ce sujet a commencé lorsque j'étais au lycée à Rabat. Dès lors j'étais très catastrophé par la tournure générale de l'enseignement que je recevais. Il est certes que j'avais de bons professeurs, mais il y avait toujours une perspective qui me gênait du moment que je me suis rendu compte qu'il était question de tout le monde sauf de nous, les Maghrébins. On était des étrangers dans l'enseignement qu'on recevait. Et quand on est jeune, cette expérience laisse une trace car elle a fini par créer en nous cette réaction de se sentir péjorativement jugé.

Le Matin du Sahara Magazine : Puisque vous parliez d'une expérience vécue, peut-on évoquer avec vous un cas précis et qui a un rapport étroit avec la problématique posée ?


Mouloud MAMMERI : Quand j'étais en troisième, nous avions à expliquer un texte en latin, qui s'appelait La Guerre de Jugurtha ; et c'est alors que j'ai fait l'admiration de mon professeur. Car quand il nous donnait quinze lignes à préparer je lui rendais cinquante. Chose qui a poussé ce professeur à se demander le pourquoi de cela.
Ces questions se sont encore posées, quand on était passé de Salluste à Virgile car avec les textes de Virgile je ne faisais que le nombre de lignes qu'on me demandait.
Alors un matin, notre professeur de latin s'amène triomphant et s'adresse à la salle en ces termes : « J'ai enfin compris pourquoi Mammeri écrivait trois fois plus pour La Guerre de Jugurtha, car Jugurtha est l'ancêtre des Maghrébins ».
J'ai donné cet exemple pour faire saisir comment le problème des rapports entre la spécificité et l'universalité pouvait se poser pour les gens de ma génération.



Se définir par rapport aux autres



Sur le plan théorique, le problème se pose de la façon suivante : Etre soi, c'est être au monde, mais sous quel visage ! Et c'est là que réside le problème, car on est obligé de se définir par rapport à soi-même mais aussi par rapport aux autres. D'autant qu'on est pris dans une espèce de dilemme, car ou bien on est spécifique, mais le risque apparaît tout de suite car être spécifique c'est se définir par quoi on ne ressemble pas aux autres. C'est ainsi que le risque réapparaît de nouveau quand on va s'enfermer dans une espèce de définition de nous-mêmes, et qui peut aussi affirmer qu'on est incapable d'agir par notre spécificité. Cela condamne notre spécificité à un usage purement solipsiste et qui rate l'expérience des autres.
La deuxième solution consiste à être universel, et c'est le revers de la médaille car on risque de renoncer à soi sous le prétexte de ressembler aux autres.
Devant ce problème, je ne me présente pas en totale innocence car je l'ai vécu depuis longtemps sans pouvoir le résoudre dans une espèce de totale objectivité.


Le Matin du Sahara Magazine : Alors comment faire pour concilier les avantages de la spécificité avec ceux de l'universalité ? Est-ce que cela est possible ? Et quelles sont les conditions inévitables par lesquelles il faut passer pour espérer une conciliation possible ?

Mouloud MAMMERI : Je pense qu'on a affaire là à un vœu magnifique, mais comme tous les vœux il ne tient qu'à un poil. Les écrivains de ma génération savent le prix qu'on a payé pour réaliser cette irréalisable conciliation.
En simple logique, être spécifique, c'est être différent, mais dans la réalité on ne sait distinguer le spécifique de l'universel. Le premier aspect nous enferme dans notre ghetto culturel et le second nous fait semer à tous les vents.
Là, j'ouvre une parenthèse pour dire que la première bonne définition de l'universalité a été donnée par un écrivain maghrébin, qui avait pour nom Térence, il y a plus de vingt-deux siècles. Pour Térence, l'universalité est d'être un homme pour qui tout ce qui est humain n'est pas étranger. Donc, vous voyez que cette problématique a été évoquée depuis fort longtemps.
Il est certes que ce problème est compliqué car où faut-il chercher cette universalité ?
Pour des raisons historiques les écrivains de ma génération sont allés la chercher dans la culture chrétienne occidentale. C'est l'Occident qui a été pour nous l'universel à cause ou grâce à l'enseignement qu'on a reçu dans les écoles françaises. On a été acculé à définir l'universalité par la spécificité des autres. Donc, c'est un dilemme qui n'est pas logique et dans lequel on s'installait inconfortablement. Et toutes les réponses qui ont été données étaient à la fois personnelles et existentielles.



Un commencement absolu



Le Matin du Sahara Magazine : Pensez-vous que la littérature des années cinquante, qui a brusquement apparu à la fois au Maroc, en Algérie et en Tunisie est un phénomène inouï pour les problèmes qui nous préoccupent pour le moment ?

Mouloud MAMMERI : Oui, cela est vrai, car cette littérature est apparue comme un commencement absolu. Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait pas d'écrivains avant cette date, car il y en avait qui ont marqué par leur empreinte la littérature des aïeux, mais étant donné le contexte politico-social dans lequel on était inséré on ne pouvait offrir que la production littéraire qu'on a offerte.
Il a fallu absolument que les écrivains de ma génération s'insèrent dans la littérature française de façon à ce qu'ils disparaissent dans le décor. Et il leur a fallu deux propos délibérés. Renoncer à une espèce de spécificité pour rattraper une universalité qui était en réalité la spécificité des autres. Mais ce qui s'est passé historiquement a démontré que les valeurs prônées par les Occidentaux étaient aux dépens des Maghrébins.
Puis, par l'épreuve de vérité historique, ils ont changé d'option afin de ne plus tricher avec la vérité.


Le Matin du Sahara Magazine : Après cette première partie qui était réservée au spécifique et à l'universel, passons à des thèmes d'ordre général. Jean Déjeux dans "La Littérature maghrébine d'expression française" vous a qualifié d'écrivain contestataire, alors que d'autres critiques pensent autre chose. Quelle est votre réponse ?

Mouloud MAMMERI : Je pense que pour l'essentiel du point de vue de Jean Déjeux, il est vrai dans la mesure où je considère le rôle de l'écrivain et sa motivation pour défendre un certain nombre de valeurs comme des idéaux nobles, surtout quand ils sont écrasés et niés dans les faits. Je pense que les hommes sont libres de vivre comme ils veulent, et que tout régime qui nie leur liberté, qui nie leur honneur et qui tend à les contraindre doit être contesté. Et c'est le rôle de l'écrivain.
L'écrivain n'est pas un homme politique, il est plus que cela, et quand le politicien ne peut trancher pour d'autres considérations, l'écrivain est libre dans ses propos. Il doit toujours rappeler le caractère absolu d'un certain nombre de valeurs.



Je ne fais pas la contestation pour la contestation



Cependant, il ne faut pas faire une formule « appuie bouton », car je ne fais pas la contestation pour la contestation.



Le Matin du Sahara Magazine : Et que dites-vous de la contestation dans l'art ?

Mouloud MAMMERI : Je pense que l'essentiel réside dans le fait d'avoir quelque chose à dire. La technique n'est qu'un moyen. Elle est un instrument pour faire passer quelque chose. Or, il ne faut pas que cet instrument devienne l'essentiel car l'essentiel est ce qu'on dit. Il faut aussi ne pas faire passer le souci de la contestation dans l'art pour le plaisir de la forme. Et si on n'a rien à dire dans cette forme, il est préférable de se taire.


Le Matin du Sahara Magazine : Changeons de genre et passons au cinéma. On sait que la guerre de la libération algérienne a été connue par les cinéphiles grâce à deux films : "La Bataille d'Alger" et "L'Opium et le bâton." A ce sujet, une question s'impose d'elle-même : Est-ce que Mammeri a reconnu son roman dans le film ?

Mouloud MAMMERI : Non ! A mon avis, ce sont là deux langages différents et deux discours différents.
Concernant le film, je n'ai pas accepté le scénario, pas seulement parce que je suis l'auteur du roman, mais il me semble que le film privilégiait une sorte de vision western. Il présentait les choses d'une façon manichéenne en classant les bons d'un côté et les mauvais de l'autre. Or, cela ne correspond pas à la réalité et à la profondeur des choses.
Certainement, le film a eu un grand succès et a permis aux jeunes algériens de voir sur l'écran comment leurs parents ont vécu le joug colonial.
A part cela, je ne nie pas qu'on peut faire de très bons films historiques, car j'ai vu trois versions de Guerre et paix de Tolstoï dont deux étaient superbes. Mais ce n'est pas ce que Tolstoï a dit dans son roman Guerre et paix.



Le Matin du Sahara Magazine : Vous êtes l'un des premiers à écrire en français au Maghreb. Est-ce que Mouloud Mammeri se reconnaît dans les nouveaux romans maghrébins ?


Mouloud MAMMERI : J'avoue que je ne cherche pas à me reconnaître dans ces romans, je suis bien content que les jeunes écrivains inventent une façon nouvelle pour s'exprimer et aient de nouvelles choses à dire. C'est leur temps et ils doivent refléter leur époque dans leurs écrits : A deux époques historiques différentes correspondent deux formes littéraires.
En plus, ces jeunes écrivains sont obligés de tenir compte de ce qui se passe en Europe surtout avec la vague du nouveau roman et des autres expériences. Ce qui prime, ce n'est pas la marque du verre mais son contenu.


Le Matin du Sahara Magazine : Est-ce que vous êtes toujours en contact avec l'écriture romanesque et théâtrale ?

Mouloud MAMMERI : Oui, je travaille actuellement sur un nouveau roman et une troisième pièce de théâtre, et j'espère continuer jusqu'à la fin de mes jours.

N.B. C'était le samedi 25 février, mais malheureusement la mort l'attendait 24 heures après, et ni le roman, ni la troisième pièce n'ont été achevés.


Le Matin du Sahara Magazine : Et pourquoi ce passage au théâtre ? Est-ce pour une raison d'efficacité ou pour des raisons esthétiques ?

Mouloud MAMMERI : C'est le sujet qui m'a imposé cette forme théâtrale. Je suis certain que lorsque le thème évoque une lutte et une confrontation soit d'idées ou de personnages ou de drame, dans son sens le plus classique, il est préférable d'écrire une pièce de théâtre. Ces personnages, par leurs positions l'un par rapport à l'autre, font apparaître des tas de choses profondes avec peu de répliques. Dans un roman, on est obligé d'écrire plusieurs pages pour présenter une seule idée. C'est pour cela d'ailleurs que je pense que le théâtre est percutent. Il est défini par la concentration des personnages sur leurs propos et leurs sentiments.
Concernant la création théâtrale, je n'en ai fait que deux. Le Fœhn, qui est un vent terrible et qui rend un peu fou les gens. Le prétexte c'est la bataille d'Alger pendant la guerre de libération. Et puisque j'ai vécu cette expérience, cela m'a plus ou moins facilité la tâche et m'a motivé.
La deuxième pièce a pour nom Le Banquet et s'articule autour de la conquête du Mexique par les Espagnoles.
Avant cette conquête, les Mexicains avaient une civilisation extraordinaire, mais à cause de l'occupation espagnole, cette civilisation a été réduite à néant.
Je récapitule en disant que les deux pièces évoquent la lutte des hommes pour retrouver leur dignité bafouée par deux puissances coloniales.




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Le rendez-vous
Après avoir réalisé pour les lecteurs Magazine cet entretien, je lui ai demandé de me donner son stylo (celui que je tiens dans la main sur la photo) afin d'écrire son adresse. J'ai écrit le nom et le prénom, mais je n'ai pas pu continuer car il n'y avait plus d'encre dans le stylo.

Alors je lui ai dit : "Il n'y a plus d'encre dans votre stylo". Il m'a répondu : "Peut-être qu'il est mort !" Et ça a été un motif pour rire et échanger des anecdotes sur les stylos.
24 heures après... La mort tragique l'attendait au tournant ! Et durant son séjour à Oujda, il disait qu'il avait un rendez-vous, et qu'il ne pouvait pas rester parmi nous au-delà du samedi. Avec qui avait-il ce rendez-vous ? Il ne le dit pas.
C'était peut-être avec la mort !

Le jour où Mouloud Mammeri est mort



Mort bête (comme disait Roland Barthes, à propos de la mort, par accident, d'Albert Camus) ou suspecte que celle de Mouloud Mammeri ? Comment a-t-il eu l'absurde idée de rentrer de Rabat à Alger dans une voiture aussi petite que sa Peugeot 205 ? Des milliers de kilomètres dans une voiture aussi exiguë et inconfortable ?
lundi 11 avril 2005.
Il était 23h et quelques minutes de cette nuit du 26 février 1989, quand Mouloud Mammeri sortit de la ville de Aïn Defla. Il amorçait, avec sa 205, un virage dangereux. La nuit était opaque. Aucun clair de lune. Soudain, un camion en stationnement, feux éteints, sans triangles de panne1, voulant l'éviter, Mouloud Mammeri donne un coup de volant à gauche.

Malheur, les phares d'une voiture qui arrive à toute vitesse en sens inverse l'aveuglent, l'obligent à donner un autre coup de volant, toujours à gauche. Catastrophe, la 205 tombe dans un ravin et s'immobilise en s'écrasant sur un tronc d'arbre. Secouru après 20 minutes (d'après le médecin de garde), il a été amené par une ambulance aux urgences de l'hôpital de Aïn Defla (le plus proche), hôpital dépourvu de matériel médical sophistiqué et sans chirurgien à l'époque. Perdant beaucoup de sang (hémorragie interne d'après le diagnostic des médecins présents cette nuit), Mouloud Mammeri rendra l'âme une heure après son admission à l'hôpital de Aïn Defla. Sur son permis et son passeport était écrit Mohammed Mammeri, personne parmi le personnel médical de l'hôpital ne reconnut l'écrivain. On avertit la police pour contacter les proches de la victime à la rue Sfindja, El Biar (Alger), comme c'est écrit sur son permis. A 8h, arrive le docteur Amar Khris (très cultivé), chef du service pédiatrie. On lui parle de l'accident, de la victime qui est à la morgue.

Il se dirige vers cette dernière. Le docteur Amar Khris reconnait tout de suite la victime. Il se tourna vers ses collègues et dit d'un ton grave : « C'est l'écrivain Mouloud Mammeri ! » Tout le monde poussa un « Ah ! » Militant « impénitent » (le mot est de l'écrivain) de la démocratie, la liberté d'expression et du berbérisme, pendant la période du parti unique, les photographies, les écrits et même le nom de Mouloud Mammeri étaient bannis de la presse d'Etat. Comment savoir que Mohammed Mammeri était Mouloud Mammeri ? De 8h à 9h, le docteur Amar Khris se démena comme un beau diable, en téléphonant à tous ses amis d'El Attaf2, de Aïn Defla, d'Alger, de Tizi Ouzou, etc. A 9h 10, il peut joindre, enfin, par téléphone la fille de Mouloud Mammeri.

Gorge nouée par les sanglots, il lui annonça la triste nouvelle. Le 27 février 1989, à 14 h, le corps de Mouloud Mammeri est ramené à son domicile, rue Sfindja à Alger. Le lendemain, Mouloud Mammeri fut enterré à Taourirt Mimoun, son village natal. C'étaient des funérailles grandioses. Du jamais-vu en Algérie. Plus de 200 000 personnes : jeunes, vieux, femmes et hommes assistèrent à son enterrement. Il n'y avait aucun officiel ! D'ailleurs, qui est « l'officiel » qui pouvait se hasarder parmi cette foule compacte qui scandait des slogans contre le pouvoir en place.

Mouloud Mammeri


Mouloud Mammeri (Mulud At Mɛammar en kabyle) est né le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoune (Ath-Yenni) www.athyanni.tk [1] en Haute Kabylie. Il fait ses études primaires dans son village natal. En 1928 il part chez son oncle à Rabat (Maroc), où ce dernier est alors le précepteur de Mohammed V. Quatre ans après il revient à Alger et poursuit ses études au Lycée Bugeaud (actuel Lycée Emir Abdelkader, à Bab-El-Oued, Alger). Il part ensuite au Lycée Louis-le-Grand à Paris ayant l'intention de rentrer à l'École normale supérieure. Mobilisé en 1939 et libéré en octobre 1940, Mouloud Mammeri s'inscrit à la Faculté des Lettres d'Alger. Remobilisé en 1942 après le débarquement américain, il participe aux campagnes d'Italie, de France et d'Allemagne.

À la fin de la guerre, il prépare à Paris un concours de professorat de Lettres et rentre en Algérie en septembre 1947. Il enseigne à Médéa, puis à Ben Aknoun et publie son premier roman, La Colline oubliée en 1952. Sous la pression des événements, il doit quitter Alger en 1957.

De 1957 à 1962, Mouloud Mammeri reste au Maroc et rejoint l'Algérie au lendemain de son indépendance. De 1965 à 1972 il enseigne le berbère à l'université dans le cadre de la section d'ethnologie, la chaire de berbère ayant été supprimée en 1962. Il n'assure des cours dans cette langue qu'au gré des autorisations, animant bénévolement des cours jusqu'en 1973 tandis que certaines matières telles l'ethnologie et l'anthropologie jugées sciences coloniales doivent disparaître des enseignements universitaires. De 1969 à 1980, il dirige le Centre de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnographiques d'Alger (CRAPE). Il a également un passage éphémère à la tête de la première union nationale des écrivains algériens qu'il abandonne pour discordance de vue sur le rôle de l'écrivain dans la société.

Mouloud Mammeri recueille et publie en 1969 les textes du poète kabyle Si Mohand. En 1980, c'est l'interdiction d'une de ses conférences à Tizi-Ouzou sur la poésie kabyle ancienne qui est à l'origine des événements du Printemps berbère.

En 1982, il fonde à Paris le Centre d'Études et de Recherches Amazighes (CERAM) et la revue Awal (La parole), animant également un séminaire sur la langue et la littérature amazighes sous forme de conférences complémentaires au sein de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Ce long itinéraire scientifique lui a permis de rassembler une somme d'éléments fondamentaux sur la langue et la littérature amazighes. En 1988 Mouloud Mammeri reçoit le titre de docteur honoris causa à la Sorbonne.

Mouloud Mammeri meurt le soir du 26 février 1989 des suites d'un accident de voiture, qui eut lieu près de Aïn-Defla à son retour d'un colloque d'Oujda (Maroc).

Le 27 février, sa dépouille est ramené à son domicile, rue Sfindja (ex Laperlier) à Alger. Mouloud Mammeri est inhumé, le lendemain, à Taourirt Mimoun. Ses funérailles furent spectaculaire : plus de 200 000 personnes assistèrent à son enterrement. Aucun officiel n'assista à la cérémonie alors qu'une foule compacte scandait des slogans contre le pouvoir en place.

Citation [modifier]
« Vous me faites le chantre de la culture berbère et c'est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l'enrichir, à la diversifier, et à ce titre je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer. »

Réponse de Mouloud Mammeri à un torchon "les donneurs de leçons" paru dans le quotidien officiel dont les responsables n'eurent pas la dignité d'en publier le contenu et qui, de ce fait, circula en Algérie sous forme dactylographiée en avril 1980.
Jugement [modifier]
« Ses romans représentent, si l'on veut, quatre moments de l'Algérie : "La Colline oubliée" les années 1942 et le malaise dans le village natal avec le départ pour le pays des "autres"; "Le Sommeil du juste" l'expérience de l'Algérien chez ceux-ci et le retour, déçu, chez les siens; "L'Opium et le bâton" la guerre de libération dans un village de la montagne kabyle (...). Enfin "La Traversée" depuis 1962 se termine sur le désenchantement (...). 'La mystique est retombée en politique', le dogme et la servitude sont 'programmés'. »

Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984, p. 158 (ISBN 2865370852)
Bibliographie [modifier]
Romans :

La Colline oubliée, Paris, Plon, 1952, 2nde édition, Paris, Union Générale d'Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 (ISBN 2264009071); Paris, Folio Gallimard, 1992 (ISBN 200384748).
Le Sommeil du juste, Paris , Plon, 1952, 2nde édition, Paris, Union Générale d'Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 (ISBN 2264009081).
L'Opium et le bâton, Paris, Plon, 1965, 2nde édition, Paris, Union Générale d'Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 (ISBN 2264009063), Paris, La Découverte (ISBN 2707120863) et 1992 (ISBN 009491813).
La Traversée, Paris, Plon, 1982, 2nde édition, Alger, Bouchène, 1992.
Nouvelles :

« Ameur des arcades et l'ordre », Paris, 1953, Plon, « La table ronde », n°72.
« Le Zèbre », Preuves, Paris, N° 76, Juin 1957, PP. 33-67.
« La Meute », Europe, Paris, N°567-568, Juillet-Août 1976.
« L'Hibiscus », Montréal, 1985, Dérives N°49, PP. 67-80.
« Le Désert Atavique », Paris, 1981, quotidien Le Monde du 16 Août 1981.
« Ténéré Atavique », Paris, 1983, Revue Autrement N°05.
« Escales », Alger, 1985, Révolution africaine; Paris, 1992, La Découverte (ISBN 270712043X).
Théâtre :

« Le Foehn ou la preuve par neuf », Paris, PubliSud, 1982, 2nde édition, Paris, pièce jouée à Alger en 1967.
« Le Banquet », précédé d'un dossier, la mort absurde des aztèques, Paris, Librairie académique Perrin, 1973.
« La Cité du soleil », sortie en trois tableaux, Alger, 1987, Laphomic, M. Mammeri : Entretien avec Tahar Djaout, pp. 62-94.
Traduction et critique littéraire :

« Les Isefra de Si Mohand ou M'hand », texte berbère et traduction, Paris, Maspero, 1969, 1978 (ISBN 046999278) et 1982 (ISBN 0052039X); Paris, La Découverte, 1987 (ISBN 001244140) et 1994 (ISBN 013383388).
« Poèmes kabyles anciens », textes berbères et français, Paris, Maspero, 1980 (ISBN 2707111503); Paris, La Découverte, 2001 (ISBN 056360975).
« L 'Ahellil du Gourara », Paris, M.S.H., 1984 (ISBN 273510107X).
« Yenna-yas Ccix Muhand », Alger, Laphomic, 1989.
« Machaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas.
« Tellem chaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas, 1980.
Grammaire et linguistique :

« Tajerrumt n tmazigt (tantala taqbaylit) », Paris, Maspero, 1976.
« Précis de grammaire berbère », Paris, Awal, 1988 (ISBN 001443038).
« Lexique français-touareg », en collaboration avec J.M. Cortade, Paris, Arts et métiers graphiques, 1967.
« Amawal Tamazigt-Français et Français-Tamazigt », Imedyazen, Paris, 1980.
« Awal », cahiers d'études berbères, sous la direction de M. Mammeri, 1985-1989, Paris, Awal

Mouloud Feraoun


Né le 8 mars 1913 dans le village de Tizi-Hibel (ancienne commune mixte de Fort-National), son nom est Aït-Chabane, Feraoun étant le nom attribué par l'état-civil français. Il fréquente l'école de Tizi-Hibel à partir de l'âge de 7 ans.

En 1928, il est boursier à l'école primaire supérieure de Tizi-Ouzou. En 1932, il est reçu au concours d'entrée de l'école normale de Bouzaréah Alger (actuelle École normale supérieure de lettres et sciences humaines). Il y fait la connaissance d'Emmanuel Roblès. En 1935, il est nommé instituteur à Tizi-Hibel où il épouse sa cousine Dehbia dont il aura 7 enfants. En 1946, il est muté à Taourirt-Moussa. En 1952, il est nommé directeur du cours élémentaire de Fort-National. En 1957, nommé directeur de l'école Nador de Clos-Salembier, il quitte la Kabylie pour les hauteurs d'Alger.

En 1951, il est en correspondance avec Albert Camus, le 15 juillet, il termine La Terre et le Sang, récompensé en 1953 par le Prix du roman populiste.

En 1960, il est inspecteur des centres sociaux (créés sur l'initiative de Germaine Tillion) à Château-Royal près de Ben-Aknoun. Avec cinq de ses collègues, dont l'inspecteur d'académie Max Marchand, c'est là qu'il est assassiné par l'OAS le 15 mars 1962 à quatre jours du cessez-le-feu. Entrez le texte non formaté ici

Mouloud Feraoun a commencé son premier roman autobiographique Le fils du pauvre en 1939 ; il n'est publié qu'en 1950 à compte d'auteur. Ce n'est qu'en 1954 que Le Seuil le publie, expurgé des soixante-dix pages relatives à l'école normale de Bouzaréah.

Les éditions du Seuil publient, en 1957, Les chemins qui montent, la traduction des Poèmes de Si Mohand étant éditée par les Editions de Minuit en 1960. Son Journal, rédigé de 1955 à 1962 est remis au Seuil en février 1962 et ne sera publié qu'après sa mort.

Tahar Djaout


D'origine kabyle, Tahar Djaout est né le 11 janvier 1954 à Oulkhou (Ighil Ibahriyen) près d'Azeffoun en Kabylie.

En 1970 sa nouvelle Les insoumis reçoit une mention au Concours littéraire « Zone des tempêtes ». Il achève ses études l'année suivante au Lycée Okba d'Alger et obtient en 1974 une licence de mathématiques à l'Université d'Alger, où il s'est lié avec le poète Hamid Tibouchi.

Tahar Djaout écrit ses premières critiques pour le quotidien El Moudjahid, collabore régulièrement en 1976 et 1977 au supplément El Moudjahid Culturel puis, libéré en 1979 de ses obligations militaires, reprend ses chroniques dans El Moudjahid.


Tahar Djaout en 1980Responsable de 1980 à 1984 de la rubrique culturelle de l'hebdomadaire Algérie-Actualité, il y publie de nombreux articles sur les peintres et sculpteurs (Baya, Mohammed Khadda, Denis Martinez, Hamid Tibouchi, Mohamed Demagh) comme sur les écrivains algériens de langue française dont les noms et les œuvres se trouvent alors occultés, notamment Jean Amrouche, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Mohammed Dib, Rachid Bey, Jean Sénac, Bachir Hadj Ali, Hamid Tibouchi, Messaour Boulanouar, Youcef Sebti, Kamel Bencheikh, Abdelhamid Laghouati, Malek Alloula, Nabile Farès...

En 1985 Tahar Djaout reçoit une bourse pour poursuivre à Paris des études en Sciences de l'information. De retour à Alger en 1987, il reprend sa collaboration avec "Algérie-Actualité". Alors qu'il continue de travailler à mieux faire connaître les artistes algériens ou d'origine algérienne (par exemple Mohamed Aksouh, Choukri Mesli, Mokhtar Djaafer, Abderrahmane Ould Mohand ou Rachid Khimoune), les événements nationaux et internationaux le font bifurquer sur la voie des chroniques politiques.

Il quitte en 1992 Algérie-Actualité pour fonder avec quelques uns de ses anciens compagnons, notamment Arezki Metref et Abdelkrim Djaad, son propre hebdomadaire : le premier numéro de Ruptures, dont il devient le directeur, paraît le 16 janvier 1993.

Victime d'un attentat islamiste organisé par le FIS (Front islamique du salut), le 26 mai 1993, alors que vient de paraître le n° 20 de son hebdomadaire et qu'il finalise le n° 22, Tahar Djaout meurt à Alger le 2 juin et repose dans son village natal d'Oulkhou.

Après sa disparition la BBC réalise sur lui un documentaire intitulé « Shooting the Writer », avec la participation de Rachid Mimouni.

Bibliographie [modifier]
Solstice barbelé (poèmes 1973-1974), couverture et 3 dessins de Denis Martinez, Éditions Naaman, Sherbrooke, Québec, Canada, 1975.
L'Arche à vau-l'eau (poèmes 1971-1973), Éditions Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1978.
Insulaire & Cie (poèmes 1975-1979), couverture de Denis Martinez, Éditions de l'Orycte, Sigean, 1980.
L'Exproprié (roman, 1974-1976), Société Nationale d'Édition et de Diffusion, Alger, 1981.
L'Oiseau minéral (poèmes 1979-1981), couverture et dessins de Mohammed Khadda, Éditions de l'Orycte, Alger, 1982.
L'Étreinte du sablier (poèmes 1975-1982), "Écrivains Algériens au présent" n° 6, Centre de Documentation des Sciences Humaines, Université d'Oran, 1983.
Les Rets de l'oiseleur (nouvelles, 1973-1981), couverture et dessins de Slama, Entreprise Nationale du Livre, Alger, 1984.
Les Chercheurs d'os (roman), Éditions du Seuil, Paris, 1984, (ISBN 2020067102). Réédition dans la Collection "Points', n° 824, Éditions du Seuil, 2001 (ISBN 2020484919).
Les Mots migrateurs, Une anthologie poétique algérienne, présentée par Tahar Djaout, (Youcef Sebti, Rabah Belamri, Habib Tengour, Abdelmadjid Kaouah, Hamid Tibouchi, Mohamed Sehaba, Hamid Nacer-Khodja, Tahar Djaout, Amine Khan, Daouia Choualhi), Office des Publications Universitaires, Alger, 1984.
Mouloud Mammeri, entretien avec Tahar Djaout, suivi de "La Cité du soleil", Éditions Laphomic, Alger, 1987.
L'Invention du désert (roman), Éditions du Seuil, Paris, 1987 (ISBN 2020095173).
L'Exproprié (roman, version définitive), Éditions François Majault, Paris, 1991 (ISBN 2908898012).
Les Vigiles (roman), Éditions du Seuil, Paris, 1991 (ISBN 2020127660), Prix Méditerranée. Réédition dans la Collection Points, Éditions du Seuil, n° 171, 1995.
Pérennes (poèmes 1975-1993), précédé de "Pour saluer Tahar Djaout" par Jacques Gaucheron, couverture et encres de Tibouchi, "Europe/Poésie, Le Temps des Cerises", Paris, 1996 (ISBN 2841090566).
Le Dernier Été de la raison (roman), Éditions du Seuil, Paris, 1999 (ISBN 2020367106).
Fragments d'itinéraire journalistique, Éditions Dar El Gharb, Oran, 2004.
Sur Tahar Djaout [modifier]
Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.
Jeunes poètes algériens, choix de Jean Déjeux, Éditions Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1981.
Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).
Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990 (ISBN 2-253-05309-0)
Poètes algériens d'aujourd'hui, présentés par Christiane Achour, Poésie 91, n° 37, Paris, 1991.
L'Algérie de Djaout vaincra, "Ruptures" n° 21, entièrement consacré à Tahar Djaout, 8-14 juin 1993, Alger. Tahar, Présences, "Ruptures" n° 22, 15-21 juin 1993, Alger. Tahar, toujours, "Ruptures" n° 23, 22-28 juin 1993, Alger.
Jeune Poèsie algérienne" n°60 de la revue Traces (Le Pallet), anthologie de poètes algériens, introduction et choix de Kamel Bencheikh.
Tahar Djaout, Ruptures et fidélités (articles de Tahar Djaout publiés dans « Ruptures » et témoignages), Comité International de Soutien aux Intellectuels Algériens (CISIA), Cahiers, n° 1, Paris, 1993.
Vols du guêpier, Hommage à Tahar Djaout, Volume n°1, (textes de Afifa Berehi, Nora Kazi-Tani, Malika Hadj Naceur, F. B. et S. A., F. A.), Équipe de recherche ADISEM, Université d'Alger, Alger, 1994.
Kaléidoscope critique, Hommage à Tahar Djaout, Volume n°2, (textes de Jean Pélégri, Youcef Merahi, Rabah Belamri, Moncef Ghacem, Leila Sebbar, Marc Gontard, Isaac-Célestin Tcheho, Jeannine Fève-Caraguel, Afifa Bererhi, A. Z., Malika Hadj Naceur, Juliana Toso Rodinis, Nora-Alexandra Kazi-Tani, F. A., Saléha Amokrane, Farida Boualit et Michel-Georges Bernard), Equipe de recherches ADISEM, Université d'Alger, Alger, 1995.
Écriture et mémoire, Interview de Tahar Djaout par Salima Aït Mohamed, dans Écrits d'Algérie, Les Écrits des Forges, Québec, et Autres Temps, Marseille, 1996 (ISBN 2908805928).
Tahar Djaout, "Algérie Littérature/Action" n° 12-13, (textes de Soumya Ammar Khodja et Michel-Georges Bernard, entretien de Tahar Djaout avec I. C. Tcheho), juin-septembre 1997, Paris, 1997.
Mohamed Balhi, Tahar Djaout: l'enfant d'Oulkho dans Chroniques infernales : Algérie 1990-1995, Éditions Marinoor, Alger, 1997.
Mohamed Balhi, Ci-vit le poète, dossier sur Tahar Djaout, El Watan, 30 mai 2008.
De vive voix, paroles de Tahar Djaout transcrites par Michel-Georges Bernard, dans "Algérie Littérature/Action" n° 73-74, septembre-octobre 2003, Paris, 2003 (ISBN 2913868487).
Tahar Djaout, introduction d'Emmanuel Hiriart, choix de poèmes et documents, "Poésie/première" n° 26, Éditions Editinter, Soisy-sur-Seine, 2003.
Citations [modifier]
« Il y a toujours dans le groupe en marche (en fuite?) un jeune homme à l'esprit délétère qui porte, en plus du poids du ciel affalé sur le désert, une peine supplémentaire – dans les couloirs de sa tête des milliers de battements d'ailes, des pâturages sans limites, des filles aux lèvres fruitières. Il connaît déjà la mer, la vastitude de l'eau dansante et l'écartèlement des rivages. Une solitude l'enveloppe, lui tisse une aura d'étrangeté, l'exclut de la caravane. C'est pourtant à lui de trouver l'eau, la parole qui revigore, c'est à lui de révéler le territoire – de l'inventer au besoin. C'est à lui de relater l'errance, de déjouer les pièges de l'aphasie, de tendre l'oreille aux chuchotements, de nommer les terres traversées. »
Tahar Djaout, L'invention du désert, 1987
« Dans la ville oppressante où il vivait et où il vit encore, le Rêveur avait échafaudé – oh! Il n'ose plus le faire – des rêves sur la cité idéale où il aimerait vivre et voir s'épanouir ses enfants. Il y aurait d'abord de la verdure – arbres et pelouses -, beaucoup de verdure qui fournirait l'ombre, la fraîcheur, les fruits, la musique des fleurs et les gîtes d'amour. Il y aurait des créateurs de beauté, de rythmes, d'idylles, d'édifices, de machines. (...) Mais la vie avait continué, avec son masque de laideur et de désillusion. Puis le rêve lui-même devint interdit. Des hommes, se prévalant de la volonté et de la légitimité divines, décidèrent de façonner le monde à l'image de leur rêve à eux et de leur folie. Le résultat est là, sous les yeux : couples forcés, attelés sous le même joug afin de perpétuer et multiplier l'espèce précieuse des croyants. Les femmes réduisent leur présence à une ombre noire sans nom et sans visage. Elles rasent les murs, humbles et soumises, s'excusant presque d'être nées. Les hommes devancent leurs femmes de deux ou trois mètres ; ils jettent de temps en temps un regard en arrière pour s'assurer que leur propriété est toujours là : ils sont gênés, voire exaspérés, par cette présence à la fois indésirable et nécessaire. »
Tahar Djaout, Petite fiction en forme de réalité, dans Ruptures n° 16, 27 avril-3 mai 1993; réédité dans Europe, n° hors série Algérie, novembre 2003. Texte modifié in Le dernier été de la raison, 1999.
« Si tu dis, tu meurs,
Si tu te tais, tu meurs
Alors dis et meurs! »
(Souvent attribués à Tahar Djaout, ces mots, selon son confrère et ami Mohamed Balhi, dans El Watan du 29 mai 2008, sont du Palestinien Moueen Bessissou.)
Jugement [modifier]
« Djaout s'insurge sans doute d'abord contre tous les opiums – et il le fait avec une précision féroce. Mais son impatience de l'amour fait surtout éclater les murs, bouscule les tergiversations et les formules convenues. Lui aussi veut vivre en joie et en gloire. (...) La poésie de Djaout est enfin très enracinée dans le terroir africain. Ses racines et ses adhérences viennent à bout du macadam de la Ville; elles plongent dans l'humus ancestral du grand continent et dans ses rythmes. »

Jean Déjeux, Jeunes poètes algériens, Paris, Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1981
"C'était, au sens philosophique du terme, un libertin. Cheveux de jais, regard malicieux derrière ses lunettes, il aimait à lisser ses moustaches. Il avait le sens de la repartie, celle qui désarçonne les bonimenteurs. Son humour agira, dans son œuvre, tel un claquement de fouet. En ce sens, il était fondu dans le même moule que le Marocain Driss Chraïbi. Djaout, donc ? Il commence par la poésie."
Mohamed Balhi, conférence à Tizi Ouzou, 22 mai 2008

Tajmilt i TAHAR DJAOUT



Si “Solstice barbelé” kseγ-d yiwen usefru , rri.-t i-d γar teqbaylit .
Ssarmey ur sxucmeγ ara anamek ines

Tirga ifergen

Inuda inuda ur yufi
Tili tazulant n wurti
Deg unezṛuf n talaxt yeqceqcen
I-deg tetturar tbuciḍant
Ass-mi yewweḍ γer temsilt tamezwarut
Kra n yergazen llan
ẓẓlen ddaw tezdayin .

Mi swan almi ṛwan
kksen fad
Senguggin-d fell-as iqjan
s-yen γers surgen fell-as ṛṛsas
Yuγal
Izeṛman-is ger iffasen-is
Irwel akk-in
Anda yettmettat yittij


Si « l'arche a vau-l'eau » kseγ-d asirem .

Asirem

Tennuγem ula d agu
Ay imedyazen
Afakan n yifeṭṭiwjen
Tessulim
s taffa n yibeṛdiwezn nnwen
Wisen ma-y-d yefk aγrum
γaf nettegririb ?
Seg-wen γ
La selleγ i usrugmet
N yissafen yerfan
Di tγessiwin nnwen ibedden
Tugim ad tebrum
I yiffasen
Zdat tekmamin d-ssendan
i yimawen .


====================================================================


Tajmilt i TAHAR DJAOUT


I KEČ A ṬAHEṚ


Tugiḍ ad d-tağweḍ tirga-k
Seg Wanda tetten ceṭḥen kan
Tunageḍ yur-sen
Γar temdint
i Medlen warraw is
Tenniḍ
“Ad neṛz ṛezzat”
Tufiḍ-ten din
Mi s-nan
“ Enγet-ett
A tarwa
Enγet-ett
Yezdel γaf yir lfal
La yefettel yir awal
Enγet-ett “



ASEFRU



Akin
Iwaddagen
Tezlef saεaqa
Deg uzaγar
Seg rewlen yergazen


Akin
Iyimγan
Yessawerγen
Deq yiḥeṛqan
Anda ulac tisekrin

Akin
I yiḍan
Yeqnajṛen
Di tnezruft
d-yewden s amnar

Akin
I waḍan
Yesselben amdan
Di lehkem
Yesnulfa-d amezruy
Ad nwali tafat
I d-tettak tidmi n tidett
Anda ma tunag
Γas akken
Ccix amcum
Imdel-aγ-d isefuyla
Seg d-tettεadi tafat

Tajmilt i Tahar Djaout

Yura ttaheṛ Djaout di tezwart i yga i wammud n yisefra anda yesmlal 10 imedyazen akk d wazal n 50 isefra nnsen, anda yal yiwen iga-yas amḍiq yuklal di tsekla tažžayrit s tanafalit tafransist,


Yenna: “ Ayen yesduklen tikta n yimedyazen nneγ Macci d aziken n wayen ssnen i-ten iceγben maca umnen s webrid n tmedyazt, tezmzer ad d-tefk tafat anda akken dγa tessulles tudert. “


Deg yiwet tullizt yura di 1973 Anaγur ( Canicule) yenna :


“ Akkin I yedγaγen tezzlef saΣqa , d yemγan yessawerγen , d yiḍan yeqnajṛen ad waliγ s tafat d-tettak tidmi n tidett. Ḥemmleγ Tusnakt. Tasreḍt (ddin) ur telli d tadarit . Ala tusnakt i d tadarit . D tadarit mgal tayri , d tadarit mgal afara s wacu nettwali tudert. Ala ur ttuyaleγ ara d amusnak acku tidett ur tesΣi ara anamek.


Di 1973 iwwed 19 isseggasen di laΣmer-is Akken kan yella d anelmad dγa di tesdawit n ležžayer . Illa yetthegi agerdas n tusnakt.

Di 1981 izerg-ed ungal amzwaru “ L'exproprié” .

Deg ungal agi , tira n ĞaΣut tebda la-d teffeγ si talγa n tmedyazt. La tettuγal d tasrit. Di talγa agi tamaynut izmer yiwen ad d-yemmager uguren acku netta dγa s timmad-is yeqqar : « ẓriγ Aγanib (style) i-s uriγ “l'exproprie” yemdel accema akk-a, maca, ilaq-iyi ad awdeγ Alamma « senguggiγ » tameslayt. Illa yiwen wemyaru amerruki, Mohammed kheir dine, yezga yettmeslay-d fell-as Tahar acku tira nnsen yella wanda ttemyettakent anza (ttemcabint)
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Si l'exproprié, yettwakess-d :

....”Yal tasebḥit γaf 4 n ssbeḥ tamacint tamcumt teččerrig tiwwura n uqerru-s am akken d timqessin i yegežžmen anyir-is.
Ad d-iḍeggeṛ taduli; yettagad ad tyejbed wusu. Tanafa n ssbeḥ d taxedaat . Ad yazzel ad ibec , ad d-yeffi aman si tsebbalt ad yeseγbubez udem-is , ad d-iṣṣub si tγurfett ad yessew lqahwa s tuffγa n laaqel.
Yal tasebḥit akk-a.
Mi yewweḍ γar tewwurt n wefrag ad isusef innexxim amezwaru. Wer ğin t-iwala amek I yga di ṭṭlam. Ttlam nni i-deg yettruhu γer yixeddim, ṭlam i-deg yettidir, ṭtlam i-deg d-yettuγal s axxam. ...”
Tahar djaout , Hdidouche, in les rets de l'oiseleur, Traduit du français : Extrait de la nouvelle traduite

« .... Taqubbett n ccix, ala nettat i yebedden . Tuga tezzi as-d , tewweḍ almi d iγisan n temdlin yessan amnaṛ n wemḍiq nni. Taqubbett d taxxamt tamecṭuḥt , d agasas ur nsΣi tassedarit . Di taddart , ala axxam agi i wumi ur ḍḍlin ara taklut werğin .Ar ass-a , γas ddeqs iseggasen i yezrin, tettwattu .Yiiwen kan n yini n lğir yedreγlen i d-yeqqimen .


D ayen i yeğğan yezdi lqed n yeγraben-ines γaf yexxamen iḍen, yestuttec ṛṛsas .


ṛṛsas ur yezgil ara iγraben n tubbett, maca ula d yiwen d-ges ur yeγγusa....


Hdiduc yeẓra d akk-n s-daxel n tubbett tettili yiwet tafat ttaken-tt-id Kra akk-n yibehnaq dγa mi akk-n ad d-γellin seg ufella n senduqt am wafriwen n wefrux yemmuten . Ass-mi yella d aqcic amecṭuḥ, yemmas tezga tettawit-id γer da. Tessekcam-it ad yessuden i lbaṛaka yiwet seg tγemmaṛ n tqubbett . Sdaxel , llan yidlisen iqburen d imeqqranen , tečča-ten tuneḍt ,uran s yiwet tira teweṛnenneḍ – mi yesγafel yemmas tezzi s uzagur as yerwi isebtar i wedlis – d yesγunen i d-yemmmezgen gar-asen am wid yettilin di tgertilt , s ticraḍ yettembiwilen....”



Yenna yibwass Ṭaher Ğaut deg yiwen usarag i d-yewwin af yammud n yisefra n tmedyazt tazzayrit s tanala tafransist :( Les mots migrateurs)
“ acebwel tcebwel tmurt yelli-yas-d iberdan nniden i tmedyazt . Tamedyazt ur teqbil ara arruz . Tamedyazt tazzayrit s tantala tafransist tebda acrured deg iseggasen 1910 qbel ad as yefk ifettiwej amezwaru Jean Amrouche deg iseggasen 30”
... Tella tmedyazt agi nneγ tamaziγt s talγa timmawit yettalen aṭas ccna, tuγal tettwaru γas ulamma ur ggten ara wid tt-yettarun ...
Ğaut yesḥassef aṭas I mi yettaru s tefransist I yiwet tmetti ur yezri ara ma tefhem-it neγ ala .

Yenna:
“ Ur zriγ Ara ma ad ssiwdeγ
Ad idireγ s wudem agi ureṭṭal
Neγ ad iyi d-isaḥ umur
Am wid i wumi d-teḍsa dunnit”
Neγ daγen:
“Ad nesali
Lemqam n tara nneγ
Anda ara yeqzuzem
S kra n wayen yettawin izen
D akken
ur nelli d tanaslit”



D avrid
01:38, 18/5/2008 .. 0 comments .. trackbacks .. Link



Tazzert

n tafukt

tenta

Tessaγ-d

ifeṭṭiwjen

γaf yiγallen

d tγezza

D azal

abrid

yessawen

ad nejbu

ulamma nulwa

tasa d wul

la d-sawalen



Nettwali-ten

d iferruğen

mi ara tturaren

gar-asen

la nettaḍsa



Gar-aneγ

la ttjelliben

am ifeṭṭiwjen

temlal-d

ayen turew tasa



Am waḍu

yettmuruden

yettani

I yirden

Yebrir

yerẓa tilisa




Abbuh
11:45, 16/5/2008 .. 0 comments .. Link
Abbuh

Ay at ṛebbi get-as afus

I ufus-iw akken ad yaru

Ad d-yini ayen akk nxus

D wayen I nettargu

Aql-aγ la nreffed nesrus

Aclim s-yegla waḍu

Af yiri yeγma ubeṛnus

Ixf yeččur γas ma yettu


Megreγ-d tirga

Deg wallen

D wawal

Yuẓamen

A d-ilal

Wayen

Ur nelli


Ugmeγ-d imeṭṭi

Semmeden

Adal

Yucafen

Γef uslaḍ

La yettali


Mmugreγ-d ifeṭṭiwjen

S yimi-w

La d-susufen

Yeγli-d fell-i yigenni

TUDERT






Ddreγ

ger

wussan yezrin

d

wid

i-d-yettazen



ddiγ

d

wid

yeγlin

d

wid

i d-yettnekkaren



A

yul

γurek

tifraryin

ussan

sani

ţdeggiren




Yennayer
13:14, 2/4/2008 .. 0 comments .. Link

YENNAYER



Γas tayett
D tameṛzut
Ad teḥlu tefsut
Talwit tizeḍt i wussan


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Umne$
Ad d-tas
Tsatut
Ad d-taf
Tasarut
I nḍeggeṛ ger iberdan



Deg ucmumeḥ
Ad nessugut
Alamma
Nesrut

Umqennin i-γ yesnuγnan







asefru i matub lunes
13:10, 2/4/2008 .. 0 comments .. Link









TABRATT I UMEDYAZ



Nek

d amsebrid

n At-Yanni

ula

iyi-d tiniḍ

Yeγli-d

felli

igenni

mi nesla

teγliḍ

Adar

yerreẓ

si tikli

tawla

s usemmiḍ

Nejba-n

γurek

d tirni

γas

ur-γ-d tettwaliḍ

Nedder deffir

wass

amcum

i-deg

i-γ teğğiḍ

d igujilen

di tefsut

ay ass

amcum nni





I umedyaz

ur nessusem

deg urfan

yellem

alarmi

glan s wul-is

deg unezgum

yeṛdem

d

amummi

mi γ-d-yezlem

axxam

mi yertem

daymi tenaεkmac timmi-s

yehtuti

yedrem

A

yirgazen

at claγwem

anza-s

a-γ yezzem

ayen yenna m-ur s-nulis

ara

ad yeggugem




tamurt-iw tedel-itt wedfel
17:43, 1/4/2008 .. 0 comments .. Link




Tafsut
17:19, 31/3/2008 .. 0 comments .. Link
TAFSUT



Tafsut

n useggas nni

am akken

d lemri

yugaden ad yedderγel



La tesmigliz

γef tiγri

i-d nger idelli

nettaggad ad aγ terwel



Nugad

m-ara ad-nakwi

ad tt-id naf teγli

di targit m-aγ-d siwel


Tafsut

nni yerked udar

i cudden imurar

xenqentt ifassen di ttlam



Teğğa yaγ-d

d imengar

arkas yetturar

γef udar nni yelhan



Am lefnar

la tt-netthadar

terrez-aγ am ufexxar

deg yirebbi gran-d iceqfan



Tafsut

nni iεaddan

am win ihettben itran

ssbeh qbel ad yali wass



Am umakrad

i-d ufan

deg wayla n yimawlan

s uεekkaz ddan-tt fellas



Teddaray

deffir wussan

ifat-itt lawan

yezzi-d useggas nuyes


Tasusmi

txutel-d ussan

id yefka izuran

ikka-d γef webrid

d afrag



deg was

irgazen nzan

i rrehba n wadan

ayen i-γ-d yegran rzag

la nsel kan

i

ssefran

wid i-γ-d ğğan

bedden γas nekkni nuccag





ANAZUR
17:15, 31/3/2008 .. 0 comments .. Link
ANAZUR



Tgid-as iman

i usefru

i wanza

n wadu

tuqmed-as tisulal



Tettekid

di truzi

n usalu

tugaded a-γ yenfu

attas i yeswa wawal



Γurneγ

m-ara d-ijebbu

s wannuz d usuγu

keč tuqmed-as azal




yir attan
17:04, 31/3/2008 .. 0 comments .. Link
Y I R A T T A N



Tufid iyi-d

deg yid

am yir awal

ur nettuneγram



Am yir targit

di tebrek

i zedγen lehbas



Am yimenfi

ihuza ugeffur

fkan-as yettes

deg udaynin



am uqjun

iwimi εalqen tabzimt

γef yura yisem n sidi-s



Am tmuγli

yeγlin

n win akken

iγilen

yeγli-d fellas

yigenni



Am tebratt

iccergen

fkan-tt

lehnad

i wiyad



Am tannumi

yezgan

n win akken

yedemεan

ad yuγal

d lwali



Am

wanza

d-yuγen agemmad

mi yetturar wadu

deg uzanzu



Am uzru

d-tufa tegnitt

ger

imedqan

yettmentar



Am

ugdur

d-yegrarben

si 7 igenwan



Am

yir attan

yufan

tafekka

d axxam

yezdeγ

tiwekiwin-is



Am

tassa

yezza wurγu

n wachal yerγan

i wulac



Am

yir ameddakel

di ttlam

yerran

aεessas d argaz

yeddez

achal d aterras



Tufid iyi-d

am yir argaz

yerran tiram-is

d asirem

ur nesεi layas






Anzar
16:50, 31/3/2008 .. 0 comments .. Link
ANZAR


Tafukt
i nbud

tennusra



claγem-is

γlin

d ixunčan



di tignaw

tga tawsa

d adriz

i wuccanen



ma d tislit

taεna tasga

tuzaf tafat

i taεncurt





Awal iw
15:42, 31/3/2008 .. 0 comments .. Link
Awal



BriÝ iwawal yulwan

celqef-eÝ wid inetgen

d yir tawenza i-s d-glan

mmuredsen ass mi d-lulen

briÝ-as itbel deq waman

m' akk n berrin yir wawalen

s kra yessenxuxulen attan

ass a berraÝ akk degsen